1er août 1914, la France mobilise .C’est le premier pas dans un conflit mondial que les historiens définiront comme une guerre totale.

 

Guerre totale car elle mobilise toute la population française, les hommes pour être soldats, les femmes et les enfants, à l’arrière pour contribuer à l’effort de guerre et remplacer les hommes partis au combat. Elle mobilise aussi toutes les ressources agricoles et industrielles pour alimenter le front. L'économie est mise au service de la guerre. Les usines se transforment pour produire des munitions et du matériel militaire. L’État fait appel à l'emprunt public

Pour que l'arrière garde le moral, la propagande de guerre mobilise les esprits et la censure contrôle les écrits.

 

La France est majoritairement rurale, les nouvelles circulent encore lentement et essentiellement par voie de presse écrite.  Aussi, lorsque le tocsin sonne dans les villages de France, les hommes sont-ils lucides et résignés et les femmes soucieuses  devant l’imminence de ce qu’elles pressentent comme une catastrophe.

 

Tous ont la conviction que la guerre sera courte, que les hommes seront revenus pour les vendanges ou les labours. Au plus tard pour Noël.

Servir devient le mot d’ordre des Français et des Françaises. Cette guerre est une guerre juste. Pour les Françaises, servir c’est réconforter les soldats dans les gares, soigner les blessés des hôpitaux, nourrir les réfugiés civils affluant du Nord et Nord-Est du pays, aider les familles des mobilisés.

 

Mais après la période de « guerre de mouvement », les soldats s’enterrent sur une ligne de front de près de 700 km de la mer du Nord à la Suisse.

Devant le constat que la guerre va durer, que la France ne pourra se satisfaire des stocks industriels, il faut remettre la production en marche et remplacer les hommes partis au front. Les femmes remplacent alors les hommes dans les travaux des champs, dans les usines et les ateliers, dans les transports et activités de bureau.

Les conditions de vie sont difficiles tant au travail qu’à la maison où elles ont obtenu par la force des choses davantage de responsabilités.

Enfin l’écriture des lettres, la confection des colis et la prière leur permettent de tenir, face à l’absence des hommes, la peur permanente d’une mauvaise nouvelle et le besoin de rassurer les enfants.

Les enfants sont également et pour la première fois concernés directement par la guerre.  Le déséquilibre familial et les bouleversements scolaires marquent d’autant l’absence du père. ILs sont eux aussi mobilisés par le conflit. L’exaltation du sentiment patriotique se fait à travers les jeux et jouets, les lectures et les leçons à l’école, mais sont confrontés très vite et très tôt à la mort. Certains devenus orphelins, ils seront dès 1917 considérés comme « pupille de la nation ».

 

L’ordre de mobilisation générale est affiché le dimanche 2 août 1914, le tocsin et le tambour public annoncent la nouvelle.

Dans les campagnes, les hommes mobilisés laissent les moissons en cours et partent vers les casernes. Les animaux sont réquisitionnés par l’armée. Les chevaux seront attelés et tireront les canons, alors que les bovins seront consommés à raison de près de 35 000 par jour. Alors, seules, les femmes labourent, sèment, fauchent, sulfatent les vignes avec des outils inadaptés à leur taille. En ville,les femmes partent travailler 10 à 14 h/jour dans des usines reconverties pour fabriquer des munitions, des camions ou des chars de combat. Elles deviennent « munitionnettes », vérificatrices, calibreuses, forgeronnes, ou pontonnières. Elles seront 400 000 munitionnettes en 1918.

Le travail est peu qualifié, dur et pénible à cause des odeurs, des poussières, des émanations de gaz, de la station debout et du poids des obus qui pèsent 7 kg chacun. On a calculé qu’une ouvrière après 11h de travail a manipulé 35 t (d’obus) et au bout d’un an près de 7 000 t. Enfin, le travail est aussi dangereux. Les femmes manipulent du TNT et des produits toxiques.

de nombreuses femmes sont infirmières : Dès 1914 : on compte 600 000 blessés dans les hôpitaux et 100 000 « anges blancs » voués aux soins infirmiers. Elles représentent un soutien psychologique et moral pour les soldats blessés. Le travail est éprouvant car les blessures sont terribles, notamment à la face, mais aussi les amputations, les soldats gazés qui meurent d’étouffement. Une femme d’exception : Marie Curie. Elle a créé 200 « petites Curies » qui sont des ambulances radiologiques dont 900 000 soldats bénéficient et elle forme des centaines de femmes manipulatrices radio.

Les « marraines de guerre » écrivent des lettres, envoient des colis, et remontent le moral des soldats sans famille ou blessés. Elles représentent un lien avec la vie « normale ».

La vie est chère à cause de l’inflation et des pénuries. L’ambiance est à la méfiance face à certains produits suspectés d’être fabriqués en Allemagne, comme les bouillons Kub, les laitages Maggi. On parle de volonté d’empoisonner la population française. Alors on débaptise certains produits comme l’eau de Cologne, les pains viennois, les berlingots qui deviennent des parigots.

Les problèmes administratifs et juridiques sont fréquents. Les femmes mariées sont des mineures juridiques. La loi votée le 3 juillet 1915 lui permet d’exercer l’autorité parentale de devenir tutrice des enfants.

Dans les campagnes : les femmes plus âgées censurent les jeunes et les hommes sont davantage autoritaires. L’angoisse du télégramme ou la visite des gendarmes ou du maire est quotidienne. Au fur et à mesure que se déroule la guerre, les avis de décès ou de disparition sont plus nombreux. Les veuves n’ont souvent pas de soutien psychologique ou financier et pas de tombe pour faire le deuil. Alors, il ne leur reste que la prière et écrire à l’absent ;

Il y a peu de permissions. En théorie, les soldats bénéficient de 7 jours tous les 4 mois et pour les permissions agricoles, 30 jours pour les récoltes.

 

Le quotidien des enfants est bouleversé par le départ puis l’absence du père : c’est le modèle familial qui est déséquilibré. Les adolescents remplacent le travail masculin dans les champs, et les usines ils deviennent tourneurs d’obus, lamineurs, « poinçonniers de casques », vendeurs de journaux et livreurs. Les bouleversements sont aussi à l’école : les instituteurs mobilisés et partis au front sont remplacés par des femmes,  le rythme scolaire est perturbé par absentéisme.   Les pénuries alimentaires ou les insuffisances caloriques entrainent une détérioration sanitaire, notamment en ville : 50% des enfants sont sous-alimentés, maigres ou anémiques. En 1917, la taille moyenne est de 2 à 3 cm inférieure à celle de 1913. Dans les écoles, Le patriotisme se traduit aussi par la contribution de chaque enfant à l’effort de guerre et verser quelques sous pour l’emprunt national.

 

Voilà ce que fut le quotidien de ces femmes, comment elles vivent, se battent, triment et se fatiguent, luttent pour nourrir leurs enfants sans oser faiblir.

Ce n’est que le soir, dans une certaine intimité qu’elles s’autorisent quelques moments de faiblesse. Alors elles prient en silence et écrivent à l’absent.

L’absence est le maître-mot de la vie à l’arrière.