Pour la première fois en Occident ,la Grande Guerre fait de l’enfant l’acteur d’un conflit armé. Jusque-là victime de la perte d’un père , il se trouve dès les tous premiers jours du conflit en “premier ligne”. Outre l’explosion de la cellule familiale, l’enfant subit la guerre. Elle s'explique de la manière suivante: La guerre est une guerre affective  pour eux, car tous ont perdu un parent proche, parti au front et beaucoup deviennent orphelins. Les enfants sont aussi les destinataires d'un discours officiel et familial qui cherche à les intégrer à l'effort de guerre, car ils en apparaissent comme la principale justification. Cette mobilisation intellectuelle et morale des enfants se fait principalement par l'école et les loisirs.

“L’appel aux armes” a été total, donc n’a  épargné personne,  pas même les enfants et les adolescents qui ont été, malheureusement, impliqués dans la guerre soit comme victimes, soit comme acteurs, soit comme témoins.

  • La guerre a donc fait irruption dans les vies des plus petits, en les faisant travailler en conditions insalubres. Beaucoup d’entre eux devaient travailler  pour  gagner quelque chose pour la survie de leur famille. L’affluence de la main d’œuvre des mineurs dans les usines  a été absolument massive: plusieurs milliers de jeunes mineurs ont été engagés dans l’armée.

Cependant, en France le déroulement a été différent : d’abord, avec le départ des pères, et des hommes en général. Ce déséquilibre affectif initial de la cellule familiale se répercute ensuite sur un plan économique : il faut remplacer le travail masculin. Pour cela, les femmes qui ne travaillaient pas déjà quittent le foyer pour le champ ou l’usine d’armement. Mais elles ne sont pas les seules à y entrer : nombreux sont aussi les jeunes garçons à devenir tourneurs d’obus, lamineurs, poinçonneurs de casques, mais aussi aiguilleurs de tramways, vendeurs de journaux, livreurs, autant de « petits métiers » pour lesquels il n’est pas besoin d’être trop âgé ni trop qualifié.

Les enfants sont également utiles aux champs, soit qu’ils remplacent les paysans partis au front, soit qu’ils œuvrent dans les « jardins scolaires » créés autour des villes, aussi bien en France qu’aux Etats-Unis : ce sont des expériences de courte durée mais qui permettent aux enfants, et notamment aux filles, de participer à la vie collective en cultivant des légumes.

Ces enfants se souviennent pour toute leur vie de toutes les sensations auditives, comme les coups des fusils, les bombardements, les cris des soldats ou les autres éléments typiques de la guerre de tranchée comme les pires conditions hygiéniques.

 

  • Pendant la guerre les enfants étaient considérés comme des éléments à contrôler, modeler et à séduire; ils passaient d’éléments de faiblesse à points fort de la nation.  L'école prépare les jeunes garçons à combattre... C’est un lieu de propagande

Pendant la guerre, l’école s’avère être aussi le vecteur privilégié d’une propagande en direction des enfants. Le ministère de l’Instruction publique exige un enseignement orienté sur la guerre en indiquant à l’école ses obligations nouvelles.

 

L’enseignement républicain s’oriente dès 1914 sur le déroulement du conflit en cours : les contenus et les méthodes d’apprentissage connaissent un profond renouvellement.

Ce sont les Inspecteurs d’Académie qui jouent un rôle-clé dans le tournant pédagogique imposé aux enseignants. Ils placent la guerre au cœur de l’enseignement.

La grande majorité des matières enseignées sont empreintes des événements liés à la guerre : l’histoire, la géographie, la morale (basée sur des citations de soldats), l’instruction civique, le français et même le calcul !!!

Les outils pédagogiques sont au service de cette propagande par le biais des fiches de calcul proposant des exercices sur le thème de la guerre, des dictées (« le départ d’un régiment » par exemple), des sujets de composition française, des bons points expliquant le sens de la guerre (« Pour libérer l’humanité » par exemple) et même des diplômes.

 

  • A partir de la rentrée 1916, l’obsession guerrière recule. L’encadrement de l’enfance en temps de guerre par l’école s’est heurté à la modification de la cellule familiale. L’absentéisme prend une ampleur grandissante pendant le déroulement du conflit. Les motifs d’absences sont divers : travaux agricoles, bombardements, garde de frères et sœurs, deuils…

Mais c’est sans doute dans les journaux de guerre des enfants, les journaux intimes que l’on trouvera plus sûrement encore ce qui constitue le cœur de leur expérience quotidienne de la guerre. On peut prendre pour exemple le journal de la jeune Marie-Louise Congar, jeune française, âgée d’une douzaine d’années en 1914 et qui vit à Sedan. La situation de Marie-Louise est bien sûr particulière puisqu’elle est confrontée à l’occupation allemande : son expérience de la guerre est donc extrême. Cependant, toute proportion gardée, la plupart des remarques et des informations que l’on tire de son journal peuvent être appliquées à l’ensemble des enfants dans la Grande Guerre.

On peut parler à propos de Marie-Louise, mais aussi des enfants en général, d’une véritable obsession de la nourriture : « Nous sommes dans une attente cruelle de boustifaille ! » Témoin privilégié de l’invasion, Marie-Louise Congar permet également d’avoir accès à une autre réalité de l’expérience de guerre enfantine : la confrontation immédiate avec la violence de guerre, avec la mort, la blessure, le deuil.